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Le lilas commun : un symbole de renouveau et de reconnexion

Dernière mise à jour : 4 mai

Je parle ici du lilas commun, celui qu’on croise dans tant de jardins (Syringa vulgaris). Et s’il m’inspire autant, c’est parce qu’il raconte le printemps sans en faire trop : il est là, intense, bref, inoubliable.


Le lilas, c’est un rendez-vous. Un moment bref, presque trop court, mais tellement marquant que je le sens dans tout mon corps. Il me ramène à l’essentiel : ralentir, respirer, être là. Et, comme souvent avec les arbres, il ne se contente pas d’être beau — il dit quelque chose.


Ce que le lilas évoque pour moi : le renouveau et les “premières fois”


On associe souvent le lilas aux premières émotions, à l’amour naissant, à la jeunesse du cœur. Je le ressens exactement comme ça : une énergie de commencement, mais sans agitation. Une invitation à respirer plus grand, à se rappeler que la vie revient toujours, même après l’hiver.


Et puis il y a cette symbolique de renouveau, tellement évidente quand on le voit fleurir au printemps, au moment où la nature reprend vraiment sa place. Le lilas me fait penser à un seuil : la fin d’une période, le début d’une autre. Selon les couleurs, le message peut changer un peu : le mauve évoque souvent les premières émotions, le blanc l’innocence et les nouveaux départs. Mais au fond, ce que je ressens surtout, c’est sa douceur puissante : rien d’agressif, rien de démonstratif — juste une présence qui enveloppe.


Pourquoi je ne coupe pas “n’importe quand”


Dans le jardin, le lilas a aussi son rythme, très concret. Il fait partie de ces arbustes qui se taillent après la floraison, car tailler trop tard dans l’année (notamment en automne) peut réduire la floraison suivante. C’est pour ça que la période généralement recommandée se situe dans le ou les mois qui suivent la fin de floraison (souvent fin printemps / début été, selon les années).


Moi, j’aime respecter cette logique… mais je la vis à ma manière.


Mon moment à moi : la première pleine lune après la fin de la floraison


Quand la floraison se termine, je laisse le lilas respirer un peu. Je l’observe : les panicules fanent, l’énergie change, l’arbuste “revient” vers le feuillage. Et moi, j’attends la première pleine lune qui suit la fin de la floraison. C’est mon repère. Pas comme une règle absolue, mais comme un rendez-vous symbolique : la pleine lune éclaire, amplifie, met en évidence. Pour moi, c’est le moment où je coupe avec plus de conscience, comme si je faisais un geste de clôture — une façon de dire : “Merci pour ce que tu as donné. Maintenant, on prépare la suite.”


Et ce que j’aime, c’est que cette pleine lune tombe généralement dans la période où l’on conseille de tailler le lilas après floraison. Du coup, mon ressenti et le bon sens du jardin se rejoignent.



Le moment de la sélection : la communication avec l’arbre


Quand je vais vers le lilas pour choisir les branches, je ne suis pas dans une logique de “prise”. Je suis dans une logique de rencontre. Avant même de sortir le sécateur, je prends quelques secondes. Je me pose. Je respire. J’entre dans sa présence. Et, oui… je communique avec lui. Pas avec des mots comme on parle à quelqu’un. Plutôt avec une forme d’écoute : l’observation, le ressenti, le silence.


J’aime cette idée qu’on peut approcher un arbre autrement que comme un simple matériau : entrer en contact, toucher l’arbre, s’immerger dans sa présence.


Je demande “permission”, mais surtout je demande “justesse”


À ce moment-là, je fais quelque chose de très simple : je demande. Je demande si c’est le bon moment. Je demande si je peux prendre. Je demande surtout et quoi.


Et la réponse, je ne l’attends pas comme une phrase. Je la ressens dans l’attention : une branche qui “attire” le regard, une ligne qui s’impose, une évidence tranquille. Parfois c’est l’inverse : je sens que non, que ce n’est pas là, ou que je vais trop vite… et alors je m’arrête. Cette communication, pour moi, c’est une façon d’être honnête : ne pas faire un geste automatique, mais un geste conscient.


Je ne prends que ce qui s’inscrit dans une coupe respectueuse


Je coupe dans le cadre d’une taille qui a du sens pour l’arbre : après la floraison, à un moment où l’intervention est cohérente pour le lilas. Et au moment du prélèvement, je garde en tête une règle simple : prendre peu, prendre juste, et laisser de quoi continuer. Dans l’esprit des pratiques de cueillette éthique, on rappelle aussi l’importance de la modération (ne pas “tout prendre”), d’une récolte respectueuse, et du fait de “demander et remercier” comme posture intérieure.


Une offrande discrète : le merci


Et quand j’ai choisi, je remercie. Parfois à voix basse. Parfois juste intérieurement. Parfois en prenant soin de laisser le pied propre, en évitant le gaspillage. C’est à ce moment précis que, pour moi, la branche change de statut : elle n’est plus juste une branche. Elle devient un futur outil — choisi dans un dialogue, pas dans une extraction.


Comment j’utilise les branches (et ce que je cherche quand je coupe)


Quand je coupe, je ne “prélève” pas. Je choisis. Je regarde les branches, leur ligne, leur tension, leur histoire. Je me laisse guider par ce qu’elles racontent : certaines sont droites et calmes, d’autres ont des nœuds, des courbes, des marques. Et souvent, ce sont ces branches-là qui m’appellent le plus — parce qu’elles ont du caractère, parce qu’elles ont traversé quelque chose.


Ensuite, ces branches ne deviennent pas automatiquement une baguette ou un bâton. Elles passent d’abord par un temps de repos. Un temps où je les laisse se poser, se stabiliser, s’assécher correctement. Et seulement après, je vois ce qu’elles veulent devenir.


Pourquoi le lilas pour les baguettes et les bâtons ?


Parce que le lilas, pour moi, n’est pas un bois “qui force”. Il accompagne. Il ramène à l’axe sans brutalité. Il a cette signature de transition : il aide à passer d’un état à un autre, à revenir au centre, à remettre les choses à leur place. Et c’est exactement ce que je cherche dans les objets que je crée : des outils d’ancrage, de reconnexion, de présence — simples, laïques, vivants.


Le lilas, gardien doux des seuils


On trouve aussi dans certaines traditions l’idée que planter un lilas près d’une maison participe à une sensation de protection et d’harmonie, comme un gardien discret du lieu. Je ne prends pas ça comme une vérité à imposer. Je le reçois comme une image. Et j’aime cette image : le lilas comme une frontière douce entre le dehors et le dedans.


Chaque année, il me rappelle quelque chose de très simple : tout revient… mais jamais de la même manière. Et c’est peut-être ça, sa vraie magie : nous apprendre à accueillir le renouveau sans nous accrocher à l’ancien.


Pourquoi cette communication est au cœur de Naeth


Ce que je fais avec le lilas, ce n’est pas “juste” du travail du bois. C’est une manière d’être en lien. La communication au moment de la sélection — ce temps d’écoute, de demande de justesse, ce respect du rythme de l’arbre — change tout. Parce que mes baguettes et mes bâtons ne naissent pas d’un geste pressé. Ils naissent d’un dialogue avec le vivant, d’un choix conscient, et d’une intention claire : créer des outils qui aident à revenir à soi.


C’est exactement ça, pour moi, l’ADN de Naeth : des objets qui ne sont pas là pour impressionner, mais pour ancrer, apaiser, recentrer. Des outils qui portent une histoire — celle d’un arbre, d’une saison, d’une pleine lune… et d’un moment où j’ai pris le temps d’écouter avant d’agir.


Et peut-être que c’est pour ça que ces outils touchent autant : parce qu’ils gardent en eux cette première étape, invisible mais essentielle… la rencontre.


Nathalie - Naeth

 
 
 

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